Nous sommes sur la berge du lac Issyk Kul, au c½ur des monts du Tien Shan.
Sans doute la douceur et la beauté des lieux ont-elles incité l'officier et explorateur russe Przewalski à désirer cette grève comme dernier port et à demander au tsar de s'y faire enterrer.Là, au centre d'un parc boisé, un émouvant monument lui rend gloire, surmonté d'un aigle qui est son emblème. Tout près, un musée où sont concentrés les éléments de sa vie : ordres de mission, relevés cartographiques, gravures d'expédition, instruments de mesure, notes et récits, édits du tsar, correspondances savantes...
Nikolaï Mikhaïlovitch Prjevalski, fils d'une famille cosaque, n'a que seize ans lorsqu'en 1839, il s'engage volontaire dans l'armée au service du tsar. Très vite, il devient officier mais ne s'intéresse qu'à une chose : la géographie, qu'il enseigne bientôt à l'École de la guerre. Vers 1860, il est sollicité par la société de Géographie de Saint-Pétersbourg qui souhaite dépêcher une mission d'exploration en Asie centrale, terre “incognitae”.
La première mission de reconnaissance conduit le jeune officier dans la vallée de l'Oussouri, affluent de l'Amour qui longe la frontière chinoise. Puis il part explorer la Mongolie, le plateau tibétain jusqu'aux rives du Lob Nor, les Monts du Tian Shan... Mais après 31 000 kilomètres parcourus à cheval, à dos de chameau ou en carriole, la maladie lui est fatale : le 20 octobre 1888, il meurt à l'hôpital militaire de Karakol. Il y sera enterré, selon sa propre volonté, au bord du lac Issyk Kul.
Étrange destinée que celle de ce brillant militaire qui n'avait d'autre ambition que de servir la cause de la science en mesurant le monde. Les fantastiques collections de spécimens qu'il rapporta dans ses malles ont enrichi les musées de Saint-Pétersbourg. Mais le plus bel hommage qui lui a survécu est le cheval sauvage qu'il observa dans le désert de Dzoungarie et qui porte son nom : Equus Prjevalski, l'ancêtre commun à tous les chevaux domestiques, sauvé in extremis grâce aux récents travaux d'une équipe de chercheurs.